The Caribou Trail ©Unreliable Narrators
Le studio Unreliable Narrators ose l’impensable : un jeu vidéo se déroulant sur le front gallipolitain de la Première Guerre mondiale. The Caribou Trail, annoncé pour 2026 sur PC (Steam et Epic Games Store) et PlayStation 5, promet une expérience narrative viscérale à la première personne, inspirée de faits réels et ancrée dans un folklore macabre. L’ambition est louable, l’exécution… disons que cela reste à voir. Car après avoir parcouru les maigres informations disponibles, on ne peut s’empêcher d’être submergé par un sentiment de déjà-vu et une suspicion grandissante quant à la profondeur réelle de cette proposition.
Une histoire prévisible sur un front oublié ?
Le jeu se concentre sur Fisher et ses amis, des pêcheurs de Terre-Neuve naïfs qui s’embarquent pour l’aventure de leur vie en rejoignant l’effort de guerre britannique. Loin des récits héroïques qu’ils imaginaient, ils découvrent la réalité brutale de Gallipoli : boue, pertes et une folie rampante. Le pitch est classique, presque cliché. On a déjà vu cette histoire mille fois racontée, que ce soit dans les romans, les films ou d’autres jeux vidéo. L’originalité résiderait-elle donc dans l’exploration d’un front rarement mis en lumière ? Peut-être. Mais le marketing insiste tant sur la « rareté » de Gallipoli qu’on se demande si cela ne sert pas à masquer un manque d’innovation plus profond.

L’accent mis sur l’expérience humaine, la fraternité et la résilience est louable, mais ces thèmes sont omniprésents dans les œuvres traitant de la Première Guerre mondiale. Le jeu prétend éviter toute glorification du conflit, ce qui est une bonne chose, mais il ne semble pas offrir grand-chose pour se démarquer des autres tentatives similaires. L’idée d’explorer le quotidien des soldats, leurs doutes et leurs attentes, est intéressante, mais la description fournie suggère un récit linéaire et structuré, limitant potentiellement l’exploration et l’impact du joueur sur l’histoire.
Un Gameplay centré sur la narration
Le gameplay de The Caribou Trail est décrit comme une « exploration narrative ». Cela signifie, en clair, que le jeu ne sera pas un titre d’action frénétique ou un jeu de stratégie complexe. L’accent est mis sur l’immersion et l’engagement émotionnel plutôt que sur des mécaniques de jeu sophistiquées ; le combat n’est pas au centre du jeu.
Cette approche peut séduire un public spécifique, mais elle risque d’ennuyer ceux qui recherchent une expérience plus interactive et dynamique. Le fait que le jeu soit linéaire, même si l’exploration est encouragée, ne laisse présager qu’une liberté limitée pour le joueur. La rejouabilité semble également être faible, se limitant à la découverte de « nouveaux détails et nuances émotionnelles » lors d’une seconde partie. En somme, The Caribou Trail s’annonce comme une expérience contemplative, plus proche d’un roman interactif que d’un véritable jeu vidéo.

Des personnages archétypaux et un folklore prévisible
Le jeu introduit trois personnages principaux : Gordon, Lonnie et Fisher. Leurs descriptions sont malheureusement assez stéréotypées. Gordon est l’ami insupportablement attachant qui plaisante au mauvais moment, Lonnie le rêveur maladroit qui partage des histoires de fantômes pour alléger l’atmosphère, et Fisher, le « frère du milieu » tiraillé entre les deux. Ces archétypes ne laissent pas présager une profondeur psychologique significative.
L’intégration du folklore et de l’horreur psychologique est présentée comme un élément clé du jeu. Les ombres dans les tranchées sont-elles des jeux de lumière ou autre chose ? L’ambiance mystérieuse est séduisante, mais le risque est que cela se résume à une série de « jump scares » prévisibles et d’apparitions fantomatiques sans réelle signification narrative. Le jeu prétend explorer la frontière floue entre réalité et mythe, mais il reste à voir si cette exploration sera suffisamment subtile et intelligente pour éviter les clichés du genre.
Une présentation visuelle stylisée et une bande son prometteuse
Sur le plan visuel, The Caribou Trail adopte un style inspiré des photographies d’archives. Cette approche peut être intéressante pour créer une atmosphère à la fois réaliste et intemporelle, mais elle risque également de donner au jeu un aspect daté et peu attrayant sur le plan esthétique. La direction artistique devra donc trouver le juste équilibre entre fidélité historique et modernité visuelle.

En revanche, la bande-son originale et le design sonore immersif sont présentés comme des atouts majeurs du jeu. Une musique poignante accompagnée d’une ambiance sonore réaliste devrait contribuer à renforcer l’immersion et à transmettre les émotions des personnages. Mais même une excellente bande son ne suffira pas à compenser un gameplay répétitif ou un scénario peu inspiré.
Une promesse trop belle pour être vraie ?
The Caribou Trail suscite autant d’enthousiasme que de scepticisme. Le jeu semble vouloir se positionner comme une expérience narrative profonde et émouvante, mais il souffre d’un manque de détails concrets sur ses mécaniques de jeu et son scénario. Les promesses sont nombreuses : immersion viscérale, exploration narrative, amitié, humour, folklore, horreur psychologique… La question est de savoir si le jeu sera à la hauteur de ces attentes.
Le développement par Unreliable Narrators, un studio indépendant spécialisé dans les jeux narratifs historiques, est encourageant, mais il ne garantit pas le succès du projet. La date de sortie prévue en 2026 laisse suffisamment de temps pour peaufiner le jeu, mais elle soulève également des interrogations quant à la motivation et aux ressources du studio. Pour l’instant, on reste dans le doute, avec une légère appréhension face à ce qui pourrait bien être une autre tentative ratée de créer un « Walking Simulator » historique.

LE VERDICT DE LA MAUVAISE FOI
À ce niveau-là, ce n'est plus de l'inspiration, c'est de l'archéologie de clichés. On a déjà commandé les mouchoirs, non pas pour l'émotion, mais pour la poussière qui se dégage du scénario.
Le gameplay est tellement contemplatif qu'on soupçonne les développeurs d'avoir oublié d'assigner des touches au clavier. Un régal pour les amateurs de peinture qui sèche.
Gordon le rigolo, Lonnie le rêveur… On n'avait pas vu une psychologie aussi profonde depuis les boîtes de céréales des années 90.